Comment relier le temps vendu à la facture et à la marge ?
En 2023, les délais clients moyens du secteur « Activités de services » atteignaient 153 jours de chiffre d'affaires, contre 143 jours dans les industries manufacturières et 39 jours dans l'hébergement et la restauration, seul secteur sous le seuil réglementaire. Vendre du temps sans relier la feuille de temps à la facture y ajoute les heures jamais facturées.

Information générale, à jour au 27 juillet 2026 et fondée sur les textes cités en fin d'article. Elle ne constitue ni un conseil fiscal, ni un conseil juridique : la réglementation évolue et son application dépend de votre situation. Validez toujours avec votre expert-comptable ou votre conseil.
En rattachant chaque heure à un projet, chaque projet à ses documents de vente, puis en marquant les heures « facturé » une fois la facture émise : ce marquage sépare le temps livré du temps encaissé. En 2023, le secteur « Activités de services » affichait des délais clients moyens de 153 jours de chiffre d'affaires, contre 143 jours dans les industries manufacturières et 39 jours dans l'hébergement et la restauration, seul secteur sous le seuil réglementaire [1].[1]
Pourquoi une société de services ne sait-elle pas quelle mission est rentable ?
Parce que le coût d'une mission n'est écrit nulle part au moment où il se produit. Dans un négoce, la marge se lit sur la facture : prix de vente moins prix d'achat. En société de services, le coût principal est une heure de salarié, portée par aucun document commercial.
Trois écarts en découlent, cumulables sur la même mission : des heures livrées jamais saisies, des heures saisies jamais facturées, des heures facturées réglées quatre mois plus tard. Le premier se découvre en clôture, quand plus rien ne peut être refacturé ; les deux autres, au relevé bancaire.
Le secteur pèse assez pour que l'écart compte. Le chiffre d'affaires cumulé des entreprises personnes morales actives des activités spécialisées, scientifiques et techniques — dont les activités juridiques et comptables, le conseil de gestion, l'ingénierie, la publicité et les études de marché — s'établissait à 128,7 milliards de dirhams en 2024, soit 4,9 % du chiffre d'affaires cumulé de ces entreprises et une hausse de 14,0 % sur un an [2]. Elles portaient 6,8 % des emplois non agricoles déclarés à la CNSS [2].[2]
Combien coûte réellement une heure vendue ?
Plus que le salaire horaire. Trois temps : le salaire brut ramené à l'heure payée, les charges et frais indirects ajoutés en pourcentage, puis le tout rapporté aux seules heures facturables. C'est cette division qui fait basculer un taux journalier qu'on croyait confortable.
| Étape | Hypothèse ou formule | Résultat |
|---|---|---|
| Salaire brut mensuel | Hypothèse | 15 000,00 DH |
| Heures payées par mois | 44 heures par semaine × 52 ÷ 12 — la base par défaut de la fiche employé LINEPROD | 190,67 heures |
| Coût horaire brut | 15 000,00 ÷ 190,67 | 78,67 DH par heure |
| Coût horaire chargé | Coût horaire brut × 1,45 (charges et frais indirects : 45 %) | 114,07 DH par heure |
| Coût par heure facturable | Coût horaire chargé ÷ 0,60 (heures facturables : 60 %) | 190,12 DH par heure |
| Prix de vente horaire | TJM (taux journalier moyen) de 3 000,00 DH pour 8 heures | 375,00 DH par heure |
| Marge par heure facturable | 375,00 − 190,12 | 184,88 DH, soit 49,3 % du prix |
La variable décisive n'est pas le taux journalier affiché, c'est le taux d'heures facturables. À 50 % d'occupation au lieu de 60 %, TJM inchangé, le coût par heure facturable monte à 228,15 DH et la marge tombe à 146,85 DH, soit 39,2 % du prix au lieu de 49,3 %. Une remise de 10 % sur le prix, à 60 % d'occupation, laisserait 147,38 DH : dix points d'occupation coûtent à peu près autant que dix points de remise, et aucune ligne de devis ne les affiche.
La fiche employé de LINEPROD porte quatre de ces étapes : salaire brut, coût horaire interne dérivé des heures hebdomadaires, coût chargé, taux horaire client. La marge et le profit par heure qu'elle affiche se calculent sur le coût chargé, pas sur le coût par heure facturable. La division par le taux d'heures facturables n'existe dans aucun écran : elle se fait à la main.
Ces montants ne s'affichent qu'aux profils administrateur et manager, et la restriction n'a pas la même solidité partout. Sur les feuilles de temps et sur le budget d'un projet, elle est portée par la base de données : un appel non habilité reçoit un montant vide. Sur la fiche employé, elle est portée par l'interface seule.
Qu'est-ce que l'en-cours à facturer, et comment le voir ?
L'en-cours à facturer — ce que votre comptable inscrit en clients, factures à établir — est la valeur du travail livré qui ne porte encore aucune facture. Il ne se confond pas avec l'encours client, qui mesure ce qui est facturé et pas encore encaissé. Seul le second apparaît dans une balance âgée : le premier passe inaperçu des mois durant. Une heure vendue traverse quatre états.
- saisie : le consultant l'a pointée sur un projet, avec sa date et son libellé ;
- facturable : elle est valorisée au taux du client, pas au coût du consultant ;
- facturée : elle porte le numéro d'une facture émise, et sort des factures à établir ;
- encaissée : le règlement est arrivé, chèque compensé ou virement reçu, et elle sort de l'encours client.
Une heure bloquée entre le deuxième et le troisième état est travaillée, payée au salarié et jamais encaissée. Elle ne produit ni relance, ni impayé, ni litige. Chez LINEPROD, les heures se saisissent par projet, se marquent facturables, puis « facturé » par lot : celles qui restent non marquées sont, à la lettre, vos factures à établir. La facture, elle, se crée comme toute autre — LINEPROD ne la génère pas depuis les heures.
Forfait ou régie : qu'est-ce que ça change dans la gestion ?
Le mode de vente décide de ce qui déclenche la facture. En régie, elle suit l'heure : le risque est l'heure non saisie. Au forfait, elle suit le calendrier : le risque est le dépassement de charge, invisible tant que les heures consommées ne sont pas comparées au budget vendu. Sur un contrat d'assistance, elle suit l'échéance : le risque est le cycle sauté.
| Mode de vente | Ce que le client achète | Ce qui déclenche la facture | Le risque qui coûte cher | Ce qui le tient |
|---|---|---|---|---|
| Régie (temps passé) | Des jours de consultant à un TJM | L'heure saisie puis marquée facturable | L'heure passée jamais pointée | Feuille de temps par projet, marquage « facturé » par lot |
| Forfait | Un livrable à prix fermé | Une étape du calendrier : acompte, puis solde à la réception | Le dépassement de charge, connu trop tard | Budget de projet, jalons, facture d'acompte puis facture de solde |
| Contrat d'assistance ou abonnement | Une capacité mensuelle ou annuelle | L'échéance de la règle de facturation récurrente | Le cycle sauté, facturé trop tard ou jamais | Contrat, règle récurrente, échéancier des 12 prochains cycles |
| Hors périmètre et avenants | Des heures non prévues au contrat initial | Un devis complémentaire accepté avant l'exécution | L'heure faite « pour rendre service », jamais commandée | Devis signé en ligne au portail, converti en commande |
La quatrième ligne est la plus coûteuse. Une demande arrive par courriel, elle prend deux jours, aucun bon de commande client ne la couvre : elle ne se facture pas, ou au prix d'une discussion pénible. Pas d'exécution sans document accepté — c'est la seule règle qui tient. Sur un contrat d'assistance, la règle est autre : le contrat porte l'engagement, la règle de facturation récurrente porte l'échéance, et un contrat renouvelé sans règle ne produit aucune facture.
Comment calculer la marge d'une mission sans logiciel de comptabilité ?
En additionnant trois coûts sur l'objet « projet », puis en les retranchant du montant facturé sur ce projet. Aucune écriture comptable n'est nécessaire : c'est un calcul de gestion, pas un compte de résultat.
- les heures pointées sur le projet, valorisées au coût horaire chargé de chaque collaborateur, jamais à son taux de vente ;
- les dépenses affectées au projet : déplacement, hébergement, frais de mission, rattachés à une note de frais ;
- les achats et la sous-traitance rattachés à la mission plutôt qu'au mois.
Deux de ces trois éléments vivent sur la fiche projet de LINEPROD : les heures, dans l'onglet Feuilles de temps, et les dépenses, dans l'onglet Dépenses, chaque ligne de note de frais pouvant être affectée à un projet. Les achats et la sous-traitance, non : la fiche ne lie que des factures, devis, contrats, tickets et notes de frais existants, jamais un bon de commande ni une facture fournisseur. Le suivi budgétaire compare le budget au montant facturable des heures, pas à leur coût : la marge de mission se reconstitue hors du produit. Périmètre au 27 juillet 2026.
Combien de temps une société de services attend-elle son règlement au Maroc ?
Plus longtemps que dans les trois autres secteurs que l'Observatoire des délais de paiement chiffre nommément. En 2023, les délais clients moyens des « Activités de services » s'établissaient à 153 jours de chiffre d'affaires, devant les industries manufacturières à 143 jours, la construction à 140 jours et les transports et entreposage à 134 jours ; l'hébergement et la restauration, seul secteur sous le seuil réglementaire, affichaient 39 jours [1]. La CGEM l'écrit dans sa contribution à ce rapport : « les secteurs des services ou du BTP présentent des délais plus étendus » [1].[1]
L'écart avec les fournisseurs est ce qui pèse sur la trésorerie. L'Observatoire range les « Activités de services » parmi les secteurs dont les délais fournisseurs se situent proches de 78 jours d'achats en 2023, quand leurs délais clients atteignent 153 jours de chiffre d'affaires [1]. Il chiffre le solde commercial du secteur à 101 jours de chiffre d'affaires : ce ratio compare créances clients et dettes fournisseurs, il n'est pas la soustraction des deux autres [1].[1]
Le cadre s'est resserré par paliers de chiffre d'affaires : la loi 69-21 s'applique depuis le 1er juillet 2023 au-dessus de 50 millions de dirhams, depuis le 1er janvier 2024 entre 10 et 50 millions, et à partir de 2025 entre 2 et 10 millions [1]. Au titre de 2024, 17 636 entreprises étaient soumises à déclaration ; 8 223 ont déclaré des factures en retard pour 57,2 milliards de dirhams, et 1,5 milliard de dirhams d'amendes ont été versés [1].[1]
La prestation intellectuelle y figure : 1 042 de ces 17 636 déclarants relèvent des activités spécialisées, scientifiques et techniques, soit 5,9 %, et 547 ont déclaré des factures hors délai, pour 1 429 millions de dirhams de factures et 42 millions de dirhams d'amendes [1].[1]
Un logiciel ne raccourcit aucun délai de paiement : il ne décide pas de la date à laquelle un client règle. Il déplace la date d'émission — partie à J+2 plutôt qu'à J+20, une facture avance sa date d'exigibilité de dix-huit jours, à conditions de règlement inchangées — et rend visible le livré, le facturé, l'encaissé.
Que ne couvre pas LINEPROD pour une société de services ?
Sept limites, structurelles et non provisoires. Elles ne bougeront que le jour où le produit bougera, et la date sera écrite ici.
- la paie : ni bulletin, ni déclaration CNSS — le salaire brut ne sert qu'au coût horaire chargé ;
- la comptabilité générale : aucune écriture, aucun bilan, aucune liasse fiscale ;
- la génération d'une facture à partir des feuilles de temps ;
- la marge par mission : le budget d'un projet se compare au montant facturable des heures, pas à leur coût ;
- le rattachement d'un bon de commande ou d'une facture fournisseur à un projet ;
- une seule devise par société, et non une devise par document ;
- le paiement en ligne au portail : le client déclare son règlement, vous le confirmez — et rien n'est transmis à la DGI.
Faut-il un ERP quand on est dix consultants ?
Pas tant que trois données tiennent dans un tableur sans se contredire : qui travaille sur quoi, combien d'heures ont été livrées, ce qui reste à facturer. Le point de bascule n'est pas l'effectif, c'est le nombre de missions ouvertes en même temps. À trois missions et deux consultants, un tableur suffit et coûte moins cher.
Le test tient en trois questions posées à votre dernier tableur : combien d'heures livrées ne sont pas facturées, quelle mission close le trimestre dernier a rapporté le moins par heure travaillée, quel contrat expire sous soixante jours sans règle de facturation. Si les réponses demandent plus d'une heure de reconstitution, le tableur a cédé.
Sources
- [1] Observatoire des délais de paiement — Rapport annuel, édition 2025 (Ministère de l'Économie et des Finances, DEPP) — https://www.finances.gov.ma/Publication/depp/2025/Rap-An-ODP-24-07-2025.pdf (consulté le 27 juillet 2026)
- [2] OMTPME — Rapport annuel, édition 2025 (Observatoire Marocain de la TPME) — https://omtpme.ma/wp-content/uploads/2026/01/OMTPME_RA-Edition-2025.pdf (consulté le 27 juillet 2026)