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Où part la marge entre le devis signé et le chantier livré ?

Sur l'exercice 2023, une entreprise du secteur Construction attend 140 jours de chiffre d'affaires avant d'encaisser, contre 125 pour l'ensemble des entreprises étudiées. La marge, elle, se perd à quatre endroits : les heures jamais pointées, les achats sans bon de commande, la retenue de garantie jamais réclamée, le prix d'achat qui a bougé.

SecteurPar Équipe deadLine · · 14 min de lecture
Équipe d'ouvriers en gilet de sécurité réunie autour d'une zone de travaux sur un chantier de bâtiment
Photo : fonsheijnsbroek_amsterdam_photos · Unsplash License

Information générale, à jour au 27 juillet 2026 et fondée sur les textes cités en fin d'article. Elle ne constitue ni un conseil fiscal, ni un conseil juridique : la réglementation évolue et son application dépend de votre situation. Validez toujours avec votre expert-comptable ou votre conseil.

Sur l'exercice 2023, une entreprise du secteur Construction attend 140 jours de chiffre d'affaires avant d'encaisser, contre 125 pour l'ensemble des entreprises étudiées par l'Observatoire des délais de paiement, rapport consulté le 27 juillet 2026. La marge d'une PME du BTP se perd à quatre endroits : les heures que personne n'a pointées, les achats de chantier engagés sans bon de commande, la retenue de garantie que personne ne réclame, et le prix d'achat qui a bougé depuis le chiffrage. Chacun se mesure sur une pièce que vous éditez déjà.[2]

Pourquoi un chantier rentable au devis finit-il à l'équilibre ?

Parce que le devis fixe un prix de vente et laisse le prix de revient courir. Le chiffrage part d'un temps estimé et d'un coût d'achat noté un jour donné ; le chantier consomme des heures que personne ne rattache au lot concerné, des matériaux commandés trois mois plus tard, et des reprises que le client ne paiera pas. L'écart se découvre à la facture de solde, quand il n'est plus facturable.

  • les heures : une journée de reprise non pointée coûte un coût horaire chargé, jamais zéro ;
  • les achats de chantier : le matériel acheté en urgence sans bon de commande n'atterrit sur aucun chantier ;
  • la retenue de garantie : une somme déjà gagnée et déjà facturée, jamais encaissée tant que personne ne va la chercher ;
  • le prix d'achat : le coût noté au chiffrage n'est plus celui de la commande passée douze semaines plus tard.

Le secteur a la taille qui justifie d'industrialiser ces quatre points. Les comptes nationaux provisoires 2025 du Haut-Commissariat au Plan, consultés le 27 juillet 2026, chiffrent la valeur ajoutée de la branche Construction à 99 636 millions de dirhams aux prix courants en 2025, en progression de 6,7 % en volume sur l'année contre 6,0 % en 2024 (tableaux 1.1.6 et 1.1.7). La formation brute de capital fixe en bâtiment et travaux publics, agrégat distinct qui mesure l'investissement, s'établit à 228 356 millions de dirhams aux prix courants en 2025, en hausse de 7,9 % en volume (tableaux 1.4.1 et 1.4.2).[1]

Combien d'heures ce chantier a-t-il réellement coûté ?

Autant que ce que vos équipes ont pointé, et c'est là que se joue la première fuite. Dans LINEPROD, un chantier vit comme un projet : quatre vues dont un Gantt natif, des jalons, des phases, et une fiche à treize onglets où tâches, feuilles de temps, dépenses, ventes, contrats et fichiers tiennent sur le même objet. Une facture, un devis ou une dépense déjà saisis s'y rattachent sans ressaisie.

Le coût de l'heure vient du dossier employé : le salaire brut se convertit en coût horaire interne, puis en coût chargé — charges patronales et indirectes en pourcentage — puis en taux horaire client, avec la marge réelle et le profit par heure affichés en direct. Les feuilles de temps se saisissent par projet, avec un marqueur d'heures facturables. Les montants ne sont visibles que des managers, et cette restriction est posée dans les politiques de la base de données, pas seulement à l'écran.

Les dépenses suivent le même chemin : chaque ligne de note de frais peut être affectée à un projet, puis regroupée par mois, par catégorie ou par projet. Le projet affiche alors le budget face au consommé, les heures pointées et une jauge d'avancement. Cette jauge est un avancement de projet, pas un avancement d'ouvrage : elle ne calcule aucun pourcentage par ligne de devis et ne produit aucun métré.

Comment tenir les achats de chantier sans bloquer le conducteur de travaux ?

Par un seuil, pas par une interdiction. Au-delà d'un montant paramétré par société, une commande fournisseur passe par « Soumettre pour approbation » puis « Approuver et envoyer » ; en dessous, elle part directement. Le conducteur de travaux garde la main sur les petits achats, la direction voit passer les gros, et les deux laissent la même trace.

La réception est le second point de contrôle. Une commande fournisseur se réceptionne en totalité ou par lots successifs, et chaque réception produit un bon de réception numéroté et les mouvements de stock correspondants. À l'arrivée de la facture, le rapprochement à trois voies compare facture, bon de commande et réceptions : écarts de quantité, écarts de prix avec une tolérance de 2 %, et lignes facturées qui ne figurent sur aucune commande. La facture originale du fournisseur se téléverse et s'affiche en aperçu sous la facture saisie.

Deux points proprement marocains. La retenue à la source se calcule sur la facture fournisseur, avec un taux en cascade facture, fournisseur, société. Et les numéros de bon de commande, de bon de réception et de facture fournisseur sont alloués côté base à la sortie du brouillon, avec des préfixes paramétrables par société : ni trou, ni doublon.

Le stock se tient par entrepôt, avec des soldes par produit et par entrepôt et des transferts inter-entrepôts tracés. Rien dans le produit ne connaît le dépôt de chantier comme un objet distinct : le suivre revient à créer un entrepôt de plus.

Comment chiffrer un devis par lot sans perdre le prix d'achat de référence ?

En faisant vivre le prix d'achat sur l'article, pas dans le devis. Dans LINEPROD, un article — produit, consommable ou service — porte son prix de vente hors taxes, son coût d'achat, son taux de TVA, son unité et son code-barres, et sa marge brute se calcule article par article. Un même article peut porter plusieurs fournisseurs, chacun avec son prix d'achat et sa référence, avec un fournisseur préféré. Le jour où le chiffrage est repris, c'est cette valeur-là qui remonte.

La limite mérite d'être connue avant la démonstration : un devis LINEPROD est une liste de lignes à plat — description, quantité, prix unitaire, remise commerciale par ligne et taux de TVA par ligne — sans niveau de lot ni sous-total par lot. Un devis en cinq lots se saisit en cinq blocs de lignes, avec un seul total en pied. Ce qui structure le chantier dans le produit, c'est le projet, pas la mise en page du devis.

Le reste de la chaîne commerciale est en place : cycle Envoyé, Accepté, Refusé, Facturé, numéro alloué par la base de données à l'émission, signature du devis en ligne au portail client, et conversion automatique du devis accepté en bon de commande. Un devis dont la date de validité est passée est badgé Expirée et isolé par un filtre dédié.

Comment facturer un chantier livré en plusieurs fois sans compter la TVA deux fois ?

En émettant une facture d'acompte qui porte la TVA, puis une facture de solde nette de la TVA déjà portée par l'acompte : c'est la méthode dite Option B, et c'est le comportement par défaut de LINEPROD sous le régime de l'encaissement. La TVA n'est donc comptée qu'une fois par construction, et non par la vigilance de l'opérateur au moment de saisir le solde.

Un chantier livré par tranches produit plusieurs bons de livraison rattachés à la même commande, avec une matrice commandé, livré, reste par ligne. De un à cinquante bons de livraison se consolident ensuite en une seule facture, et l'acompte déjà encaissé s'y impute au prorata. Le client reçoit une facture par jalon de facturation, pas une facture par camion.

Deux contrôles sont posés dans la base de données, sur tous les chemins d'écriture. Une facture B2B sans ICE client ne peut pas être émise — ni depuis l'écran de saisie, ni par un import de fichier, ni par l'interface de programmation. Et le numéro de facture est alloué par la base à l'émission, sans trou et immuable ensuite : une facture annulée garde son numéro, une correction passe par un nouveau document.

Que devient la retenue de garantie une fois le chantier réceptionné ?

Elle reste gelée douze mois de plus, sauf à la remplacer par une caution. Sur un marché public de travaux, le cahier des clauses administratives générales approuvé par le décret n° 2-14-394 du 13 mai 2016, publié au Bulletin officiel n° 6470 du 2 juin 2016 et consulté le 27 juillet 2026, prévoit que le paiement des acomptes s'effectue « sauf retenue d'un dixième (1/10) pour garantie », et que cette retenue « cesse de croître lorsqu'elle atteint sept pour cent (7 %) du montant initial du marché augmenté, le cas échéant, des montants des avenants ».[3]

Ces règles sont supplétives, et c'est ce que les synthèses omettent le plus souvent. Le cahier des prescriptions spéciales de votre marché peut les écarter, en totalité ou en partie : l'article 64 autorise expressément le paiement des acomptes sans retenue de garantie s'il le prévoit, l'article 16 ne prélève la retenue qu'« à défaut de stipulations différentes » de ce même cahier, et l'article 14 lui permet de « dispenser l'entrepreneur de la constitution desdites garanties pécuniaires en totalité ou en partie ». Lisez ce cahier avant de bâtir un plan de trésorerie sur les 7 %.[3]

ÉtapeCe que prévoit le texteEffet sur la trésorerie
À chaque acompteLe paiement des acomptes s'effectue « sauf retenue d'un dixième (1/10) pour garantie » — sauf si le cahier des prescriptions spéciales prévoit expressément le paiement sans retenue (article 64-1)10 % de chaque situation payée n'entre pas en caisse, à moins que le marché n'en dispense
Plafond« À défaut de stipulation particulière du cahier des prescriptions spéciales », la retenue « cesse de croître lorsqu'elle atteint sept pour cent (7 %) du montant initial du marché » (article 64-2)Le gel se stabilise à 7 % du marché, sauf clause contraire
Remplacement« Les cautionnements et la retenue de garantie peuvent être remplacés par des cautions personnelles et solidaires » (article 17-1)La trésorerie se libère contre un coût bancaire
Délai de garantie« Le délai de garantie est de douze (12) mois à compter de la date du procès-verbal de la réception provisoire des travaux, sauf stipulation différente du cahier des prescriptions spéciales » (article 75)La somme reste gelée un an après la fin des travaux
RestitutionLe paiement de la retenue de garantie est effectué « dès la signature du procès-verbal de la réception définitive des travaux » (article 19-2)Elle ne tombe pas seule : il faut aller la réclamer
Retenue de garantie dans un marché public de travaux, d'après le cahier des clauses administratives générales approuvé par le décret n° 2-14-394 du 13 mai 2016, publié au Bulletin officiel n° 6470 du 2 juin 2016 et consulté le 27 juillet 2026. Ces dispositions sont supplétives : le cahier des prescriptions spéciales peut les écarter, en totalité ou en partie (articles 14, 16, 64 et 75). Un marché privé applique ce que son propre contrat prévoit.[3]

LINEPROD ne suit pas la retenue de garantie comme un objet : ni champ dédié, ni échéancier de libération, ni relance sur ce motif. Ce qui existe : des règlements partiels cumulés sur une facture, un reste dû par facture, un encours client consolidé sur la fiche société et un onglet Rappels sur cette même fiche. La retenue s'y lit comme un solde qui ne se solde pas.

Pourquoi la trésorerie manque-t-elle alors que le carnet de commandes est plein ?

Parce que le secteur encaisse tard et paie tôt. Le cinquième rapport annuel de l'Observatoire des délais de paiement, publié par le ministère de l'Économie et des Finances et consulté le 27 juillet 2026, mesure pour l'exercice 2023 des délais clients de 140 jours de chiffre d'affaires dans le secteur Construction, contre 125 jours de chiffre d'affaires pour l'ensemble des entreprises étudiées. Sur le même exercice, la Construction affiche les délais fournisseurs les plus courts de tous les secteurs, 58 jours d'achats, et un solde commercial de 90 jours de chiffre d'affaires.[2]

Indicateur, exercice 2023ConstructionRepère publié dans le même rapportCe que la ligne décrit
Délais clients140 JCA125 JCA pour l'ensemble des entreprises étudiéesCe que l'entreprise attend avant d'encaisser
Délais fournisseurs58 JA, le niveau le plus court de tous les secteurs114 JA dans « Activités immobilières », le niveau le plus longCe que l'entreprise obtient de ses propres fournisseurs
Solde commercial90 JCA101 JCA dans « Activités de services » ; solde négatif de 20 JCA dans « Hébergement et restauration »L'écart que l'entreprise finance sur sa trésorerie
Respect du délai de 60 joursNon publié pour le seul secteur Construction68 % des entreprises étudiées paient leurs fournisseurs sous 60 jours, et 62 % sont payées sous 60 jours, contre 58 % un an plus tôtL'écart entre ce qu'on règle et ce qu'on encaisse
Délais de paiement du secteur Construction sur l'exercice 2023, relevés dans le cinquième rapport annuel de l'Observatoire des délais de paiement, consulté le 27 juillet 2026. Délais clients et solde commercial en jours de chiffre d'affaires (JCA), délais fournisseurs en jours d'achats (JA).[2]

Le donneur d'ordre public n'est pas le premier coupable. Le même rapport établit que le délai moyen de paiement de la commande publique de l'État et des collectivités territoriales s'est stabilisé à 18 jours en 2024, et que les établissements et entreprises publics ont atteint 31,7 jours à fin décembre 2024, contre 55,9 jours à fin décembre 2018. Le bâtiment et les travaux publics arrivent pourtant en tête de la répartition sectorielle des fournisseurs réclamants sur la plateforme AJAL : 37 fournisseurs à fin 2024 sur les 183 recensés, contre 34 à fin 2023.[2]

Quatre mécanismes du produit portent ce sujet. L'encours client consolidé — total facturé, total payé, reste dû — se calcule sur chaque fiche client. Un plafond de crédit bloque une commande client qui le ferait dépasser, et le forçage exige un motif écrit conservé au journal d'audit. Le tableau de bord expose le DSO, l'encours à encaisser et les principaux débiteurs. Enfin, le cycle des chèques et des effets va de la déclaration au bordereau de remise imprimable, avec les motifs d'impayé de Bank Al-Maghrib.

Qu'est-ce que LINEPROD ne produit pas pour une entreprise de travaux ?

Ni situation de travaux, ni décompte général définitif. Aucun écran ne calcule un avancement par ligne d'ouvrage à partir d'un métré contradictoire, et aucun état ne récapitule des décomptes partiels au format attendu par un maître d'ouvrage. Une entreprise qui répond à des marchés publics garde son outil de métré pour ces deux pièces, et se sert de LINEPROD pour tout ce qui les entoure.

  • ni métré, ni avant-métré, ni bibliothèque de prix d'ouvrages ;
  • ni sous-total par lot dans un document de vente ;
  • ni suivi de retenue de garantie, ni suivi de caution bancaire ;
  • ni paie : ni bulletin, ni déclaration CNSS ;
  • ni comptabilité générale : aucune écriture, aucune balance, aucun bilan, aucun fichier comptable — l'export part chez votre expert-comptable ;
  • aucune transmission à la DGI : LINEPROD n'émet vers aucune plateforme fiscale ;
  • une seule devise par société, et non une devise par document.

Par où commencer quand les chantiers sont encore tenus sur tableur ?

Par un seul chantier en cours, pas par le portefeuille entier. Reprendre trois ans d'historique avant d'avoir vérifié que la chaîne tient est la manière la plus fiable d'abandonner au bout de six semaines.

  • ouvrez un projet pour un chantier démarré et non soldé, et rien d'autre ;
  • pointez les heures chaque semaine, puis comparez budget et consommé au bout de quatre semaines ;
  • imposez le bon de commande fournisseur sur ce chantier pendant un mois, avec un seuil d'approbation assez haut pour ne bloquer personne ;
  • chargez le catalogue des articles que vous achetez le plus souvent, avec leur coût d'achat et leur fournisseur préféré.

Au bout d'un mois, vous tenez un chiffre que le tableur ne donnait pas : le coût réel d'un chantier en cours, à la semaine près, heures pointées et achats affectés compris. C'est ce chiffre qui décide de la suite — pas une démonstration, et pas la promesse d'un éditeur.

Sources

  1. [1] Haut-Commissariat au Plan — Comptes nationaux provisoires 2025, base 2014 (rapport complet) https://www.hcp.ma/file/248119/ (consulté le 27 juillet 2026)
  2. [2] Observatoire des délais de paiement — Rapport annuel, cinquième édition, ministère de l'Économie et des Finances https://www.finances.gov.ma/Publication/depp/2025/Rap-An-ODP-24-07-2025.pdf (consulté le 27 juillet 2026)
  3. [3] Décret n° 2-14-394 du 13 mai 2016 approuvant le CCAG applicable aux marchés de travaux — Bulletin officiel n° 6470 du 2 juin 2016 https://www.marchespublics.gov.ma/pmmp/download/pdf/2-14-394-fr.pdf (consulté le 27 juillet 2026) copie archivée du 21 mai 2026

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