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Comment tenir des dizaines de revendeurs à crédit sans un cahier ?

Un grossiste marocain gère trois choses qu'un tableur ne tient pas : un prix différent par client, un encours qui doit bloquer la commande de trop, et des livraisons partielles dont la facture déclenche un délai légal. Voici ce qu'un logiciel doit verrouiller en base, et ce qu'il ne remplacera pas.

SecteurPar Équipe deadLine · · 11 min de lecture
Entrepôt de gros dont les allées sont remplies de palettes filmées empilées sur plusieurs niveaux
Photo : afinisgroup · Unsplash License

Information générale, à jour au 27 juillet 2026 et fondée sur les textes cités en fin d'article. Elle ne constitue ni un conseil fiscal, ni un conseil juridique : la réglementation évolue et son application dépend de votre situation. Validez toujours avec votre expert-comptable ou votre conseil.

La section « commerce ; réparation d'automobiles et de motocycles » comptait 107 764 entreprises personnes morales actives en 2024, soit 28,3 % des entreprises personnes morales actives, et 916,2 milliards de dirhams de chiffre d'affaires cumulé, soit 34,9 % de leur chiffre d'affaires cumulé (2 628,1 milliards de dirhams), d'après le rapport annuel édition 2025 de l'OMTPME. Ce périmètre agrège le gros, le détail et la réparation automobile : l'OMTPME ne publie aucune ventilation du seul commerce de gros au 27 juillet 2026.[1]

Le commerce occupe le premier rang dans 8 des 12 régions du Royaume en 2024, d'après le même rapport annuel de l'OMTPME. Un grossiste qui vend à crédit y tient quatre registres : le prix consenti à chaque client — détaillant, semi-grossiste ou dépositaire —, l'encours de chacun, le reste à livrer, et le portefeuille de chèques et de traites à échéance. Le quatrième décide de la trésorerie du mois.[1]

Pourquoi le prix par client casse-t-il un tableur avant tout le reste ?

Parce qu'un prix de gros n'est pas une donnée du produit, mais du couple produit et client. Dès que trois clients — un détaillant, un semi-grossiste, un dépositaire — achètent la même référence à trois prix différents, la colonne « prix de vente » du catalogue devient fausse pour deux d'entre eux.

La réponse tient dans une liste de prix rattachée au client. Dans LINEPROD, les listes tarifaires s'affectent par groupes de contacts : un client rattaché au groupe reçoit le prix unitaire de sa liste dès la saisie du devis ou de la commande. La remise reste possible ligne à ligne et globalement, avec un taux de TVA distinct par ligne.

Trois limites se disent tout de suite. Une liste porte un prix unitaire par client, pas une grille par tranche de quantité : un tarif qui bascule au-delà de 100 cartons se traite par une remise sur la ligne. La ristourne de fin d'année (RFA) ne se calcule nulle part et se solde par un avoir financier autonome. Le franco de port ne se paramètre pas non plus : le port se facture comme une ligne de service.

Un plafond de crédit sert-il à quelque chose s'il n'arrête pas la commande ?

Non. Un plafond qui n'est qu'une colonne dans une fiche client est un chiffre, pas un contrôle. Il ne le devient qu'au moment où il refuse la commande de trop, devant le commercial qui la saisit.

L'encours se calcule d'abord : total facturé, total payé, reste dû, tenus à jour par société. Le plafond s'applique ensuite au point de saisie : une commande client qui le ferait dépasser est bloquée, et la fenêtre affiche l'encours, le plafond et le dépassement. Le forçage exige un motif écrit, conservé dans le journal d'audit — le dépassement devient une décision datée et signée.

Deux pratiques du négoce restent hors de ce mécanisme. Le chèque de garantie remis à l'ouverture d'un compte ne réduit aucun encours : l'encours additionne des factures et des règlements, jamais des garanties détenues. La marchandise laissée en consignation chez un détaillant n'est pas modélisée — sans bon de livraison (BL), elle reste dans votre stock.

À partir de quand court le délai de paiement d'une livraison ?

À compter de la date d'émission de la facture, cette facture devant être émise au plus tard le dernier jour du mois de la livraison. La note circulaire n° 734 de la Direction Générale des Impôts, qui commente la loi n° 69-21 publiée au Bulletin officiel n° 7204 du 15 juin 2023, calcule les délais « de la date d'émission de la facture qui doit être émise au plus tard le dernier jour du mois de la livraison des marchandises, de l'exécution des travaux ou de la prestation de services requis ». Trois autres points de départ coexistent, dont le compte mensuel.[2]

PointCe que dit la note circulaire n° 734
Délai par défaut60 jours, lorsque le délai n'est pas convenu entre les parties
Délai convenu120 jours au maximum ; lorsque les parties conviennent d'un délai inférieur à 120 jours, les factures sont payées dans le délai convenu
Dérogation sectorielleun délai ne dépassant pas 180 jours peut être fixé par décret, pris après avis du conseil de la concurrence, pour les professionnels de certains secteurs
Point de départ, cas généralla date d'émission de la facture, qui doit être émise au plus tard le dernier jour du mois de la livraison ; à défaut de facture, la fin du mois de la livraison
Point de départ, compte mensuelle premier du mois suivant celui des transactions, lorsque les parties conviennent d'effectuer des transactions commerciales entre elles sur une périodicité ne dépassant pas un mois
Échéance un jour fériélorsque ces délais expirent un jour férié ou chômé légal, l'échéance est reportée au premier jour ouvrable qui suit
Amendele taux directeur de Bank Al-Maghrib — 2,25 % au 27 juillet 2026 — appliqué à la fin du premier mois de retard de paiement, puis 0,85 % par mois ou fraction de mois supplémentaire, sur le montant non payé toutes taxes comprises ; tout mois entamé est décompté entièrement
Traitement fiscal de l'amendenon déductible du résultat fiscal, en application de l'article 11-I du Code Général des Impôts
Clients exclusles clients personnes physiques et morales dont le chiffre d'affaires annuel est inférieur ou égal à 2 000 000 de dirhams hors taxe sur la valeur ajoutée
Déclarationtrimestrielle, par procédé électronique auprès de la DGI, avant la fin du mois qui suit chaque trimestre, pour les personnes physiques et morales dont le chiffre d'affaires dépasse 2 000 000 de dirhams hors TVA
Régime transitoireun délai de déclaration annuelle au titre des seules années 2024 et 2025, pour les personnes physiques ou morales dont le chiffre d'affaires du dernier exercice comptable clos est inférieur ou égal à 50 000 000 de dirhams hors TVA
Délais de paiement entre commerçants au Maroc, tels que la Direction Générale des Impôts les expose dans sa note circulaire n° 734 sur la loi n° 69-21, ouverte le 27 juillet 2026. Délais, taux et montants sont repris tels qu'écrits dans la note ; le taux directeur, que la note ne chiffre pas, est relevé sur l'historique des décisions de Bank Al-Maghrib consulté le 27 juillet 2026.[2][3]

La ligne « compte mensuel » gouverne le négoce. Un revendeur servi plusieurs fois dans le mois et facturé en compte mensuel ne relève pas du point de départ par facture : le délai court du premier du mois suivant, pour toutes les livraisons du mois.[2]

Un cas n'est pas tranché par la note circulaire n° 734. Elle oblige à émettre la facture au plus tard le dernier jour du mois de la livraison, sans dire d'où part le délai pour une facture émise après cette échéance ; aucune doctrine publiée n'a pu être vérifiée au 27 juillet 2026. Faire partir le délai de la date limite d'émission est notre raisonnement, pas une lecture de cette note.

L'amende, elle, est chiffrable. La note circulaire n° 734 la fixe « au taux directeur de Bank Al Maghrib appliqué à la fin du premier mois de retard de paiement et à 0,85 % par mois ou fraction du mois supplémentaire de retard », sur le montant non payé de chaque facture, toutes taxes comprises. Ce taux directeur s'établit à 2,25 % sur l'historique des décisions de Bank Al-Maghrib consulté le 27 juillet 2026, inchangé depuis le 20 mars 2025.[2][3]

Comment suivre un reliquat quand la commande part en trois camions ?

En faisant porter à chaque ligne trois quantités au lieu d'une : commandé, livré, reste. Un grossiste livre rarement d'un seul coup — une référence manque, un camion part à moitié plein, le client rappelle pour avancer une palette. Le reliquat est la moitié invisible du carnet de commandes.

  • la matrice commandé / livré / reste se tient par ligne, et plusieurs bons de livraison (BL) s'adossent à une même commande ;
  • de 1 à 50 BL se consolident en une seule facture, avec imputation de l'acompte au prorata ;
  • le stock affiche trois nombres : actuel, réservé par les commandes ouvertes, disponible égal à l'actuel moins le réservé ;
  • confirmer un BL qui passerait un article stockable sous zéro est refusé en base, pas seulement signalé à l'écran ;
  • un retour se saisit depuis le BL, avec son avoir numéroté, chaque ligne qualifiée « bon état » ou « endommagé » — seules les premières reviennent en stock vendable.

La règle légale se lit sur un exemple. Un bon de livraison du 12 mars oblige à émettre la facture au plus tard le 31 mars, et le délai court à compter de la date d'émission réelle — le 15 mars si elle est émise le 15 mars. Le reliquat livré le 4 avril relève d'une autre facture, donc d'une autre échéance, sauf compte mensuel.[2]

Chèque à échéance ou traite : lequel se rejette le plus ?

La traite. À fin 2025, le taux de rejet sur chèque en nombre s'élève à 3,44 %, contre 3,23 % en 2024, quand celui de la lettre de change normalisée (LCN) atteint près de 13,17 %, contre 12,96 % en 2024, d'après la présentation de Bank Al-Maghrib sur les moyens de paiement scripturaux de l'année 2025. Sur les rejets de LCN, 87,43 % tiennent à un défaut ou une insuffisance de provision.[4]

Indicateur, année 2025ChèqueLettre de change normalisée
Nombre de paiements échangés28,4 millions d'opérations5,6 millions d'opérations
Montant échangéprès de 1 339 milliards de dirhamsprès de 407 milliards de dirhams
Évolution du nombre sur un anbaisse de 6 %baisse de 2 %
Évolution du montant sur un anhausse de 2 %hausse de 5 %
Taux de rejet en nombre à fin 20253,44 %, contre 3,23 % en 2024près de 13,17 %, contre 12,96 % en 2024
Part des rejets pour défaut ou insuffisance de provision52,30 %, contre 55,74 % en 202487,43 %
Chèque et lettre de change normalisée au Maroc en 2025, d'après la présentation « Caractéristiques des moyens de paiement scripturaux au Maroc — année 2025 » publiée par Bank Al-Maghrib, consultée le 27 juillet 2026. Les évolutions sont celles calculées par Bank Al-Maghrib par rapport à 2024.[4]

Un impayé laisse une trace longue. Bank Al-Maghrib conserve les incidents de paiement non régularisés pendant 5 ans au service central des incidents de paiement sur chèques, et les interdictions judiciaires de 1 à 5 ans après leur déclaration. Bank Al-Maghrib écrit que « les incidents de paiement régularisés ou annulés ne sont plus conservés dès la déclaration par l'établissement bancaire teneur de compte de la régularisation ou l'annulation de l'incident ».[5]

Côté outil, c'est le cycle entier qui se suit : déclaration du chèque ou de la traite, portefeuille, remise à l'encaissement, compensation ou rejet, impayé avec son motif Bank Al-Maghrib, puis redépôt ou remplacement chaîné. Les bordereaux de remise se génèrent numérotés en A4, et un tableau des impayés affiche le motif, l'ancienneté et la facture concernée.

Que faire de l'écart d'inventaire découvert en fin de trimestre ?

Le transformer en mouvement daté et motivé, jamais en correction silencieuse du stock. Un écart absorbé à la main efface la seule information utile : où la marchandise a disparu, et à quelle étape.

  • la session d'inventaire est numérotée, avec un périmètre total ou limité à une catégorie ;
  • le comptage se fait au scan du code-barres de l'article, en double comptage à l'aveugle pour que le deuxième passage ne recopie pas le premier ;
  • les écarts sont résolus par un responsable avant application ;
  • l'application génère les mouvements d'ajustement en lot et met à jour le stock, avec un bon de comptage imprimable ;
  • chaque mouvement reste relié à sa source : manuel, bon de réception, document commercial ou inventaire.

La fiche produit garde l'historique des mouvements, avec la quantité avant et après, le motif et la référence du document. Une précision s'impose : le code-barres identifie l'article, jamais un numéro de lot ni une date de péremption, qui n'existent pas dans la base. Un inventaire compte donc des articles par entrepôt, et un écart récurrent devient une série rattachable à un entrepôt ou à une période — pas à un lot.

Qu'est-ce qu'un logiciel de gestion pour grossiste ne remplace pas ?

La chaîne couverte va du devis à l'encaissement. Elle s'arrête là où commencent le métier du comptable et celui du service de paie — et une limite de stock décide à elle seule de l'achat dans plusieurs négoces.

  • la traçabilité par lot, par numéro de série et par date de péremption : le stock se tient par article et par entrepôt, jamais par lot — le rappel de lot est impossible, et un grossiste en alimentaire, en cosmétique ou en pièces détachées doit le savoir avant de signer ;
  • la paie : ni bulletin, ni déclaration sociale ;
  • la comptabilité générale : aucune écriture, aucun bilan, aucune liasse — l'export part chez votre expert-comptable ;
  • la transmission à la DGI : aucune déclaration électronique n'est émise, y compris celle des délais de paiement ;
  • le paiement en ligne au portail client : le revendeur déclare son règlement, vous le confirmez ;
  • une seule devise par société — dirham, euro ou dollar — et non une devise par document ;
  • 5 Go de stockage par société pour les pièces jointes et les documents archivés ;
  • l'application mobile native et la saisie hors ligne : LINEPROD est une application web, et un commercial en tournée mal couverte saisit au retour.

Par où commencer quand tout est sur un cahier et un tableur ?

Par le fichier client, puis par le catalogue, dans cet ordre. Une base client propre rend le catalogue utile ; l'inverse n'est pas vrai. L'assistant d'import guide le fichier, la mise en correspondance des colonnes et la validation ligne à ligne, par lots de 500, avec l'ICE, l'identifiant fiscal (IF), le registre du commerce (RC), la taxe professionnelle (ex-patente) et la CNSS pris en charge dès la reprise.

Deux contrôles méritent d'être activés le premier jour. L'anti-doublon compare l'ICE et le registre du commerce contre tout le portefeuille et propose la fiche existante en un clic, ce qui évite le même revendeur saisi deux fois sous deux orthographes. Le code client continu donne à chaque société un identifiant stable, qui survit au changement de raison sociale.

Le plafond de crédit, lui, se règle après trois mois de données réelles : posé au jugé, il bloque les bons clients et laisse passer les mauvais. Les seuils de réapprovisionnement suivent la même logique, une fois qu'une saison complète a été enregistrée.

Questions fréquentes

Le logiciel gère-t-il les numéros de lot et les dates de péremption ?

Non. Le stock se tient par article et par entrepôt : ni numéro de lot, ni numéro de série, ni date de péremption n'existent dans la base, et aucun paramétrage ne les ajoute. Un négoce qui doit rappeler un lot a besoin d'un autre outil.

Un représentant en tournée peut-il prendre commande depuis son téléphone ?

Depuis un navigateur et avec une connexion, oui ; hors connexion, non. LINEPROD est une application web, sans application mobile native ni saisie hors ligne : un commercial en zone mal couverte note sa commande et la saisit au retour, au prix de la liste rattachée au client.

Une ristourne de fin d'année se calcule-t-elle automatiquement ?

Non. Aucun calcul de RFA n'existe dans le produit : la ristourne se solde par un avoir financier autonome, saisi pour le montant convenu, puis imputé sur une facture ou remboursé. Le calcul reste dans votre accord commercial.

Sources

  1. [1] OMTPME — Rapport annuel, édition 2025 https://omtpme.ma/wp-content/uploads/2026/01/OMTPME_RA-Edition-2025.pdf (consulté le 27 juillet 2026)
  2. [2] Direction Générale des Impôts — Note circulaire n° 734 relative aux dispositions de la loi n° 69-21, publiée sur le portail du ministère de l'Économie et des Finances https://www.finances.gov.ma/Publication/depp/2023/note-circulaire734.pdf (consulté le 27 juillet 2026)
  3. [3] Bank Al-Maghrib — Historique des décisions de politique monétaire https://www.bkam.ma/Politique-monetaire/Cadre-strategique/Decision-de-la-politique-monetaire/Historique-des-decisions (consulté le 27 juillet 2026)
  4. [4] Bank Al-Maghrib — Caractéristiques des moyens de paiement scripturaux au Maroc, année 2025 https://www.bkam.ma/content/download/846748/9157617/version/4/file/Pr%C3%A9sentation+-+Caract%C3%A9ristiques+des+moyens+de+paiements+scripturaux+au+Maroc-2025-+BAM+VDF.pdf (consulté le 27 juillet 2026)
  5. [5] Bank Al-Maghrib — Service central des incidents de paiement sur chèques https://www.bkam.ma/Trouvez-l-information-concernant/Services-rendus-au-public/Service-d-interet-commun/Service-central-des-incidents-de-paiement-sur-cheques (consulté le 27 juillet 2026)

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